samedi 19 septembre 2015

Editions intégrales de La Lettre de Gênes de 1978, de 1897 à 2015

Éditions intégrales publiées de 1897 à nos jours  de la Lettre de Gênes de 1878, écrite par  Rimbaud

26 éditions publiées en 118 ans, c’est peu par rapport aux nombreux ouvrages concernant le poète (on peut en recenser actuellement plus de 600 en langue française).
Désormais, grâce à la publication du fac-similé complet des quatre pages de la Lettre,  obtenue grâce à la perspicacité et à la ténacité de M. Jacques Bienvenu, toutes les éditions futures seront enfin correctes, sans que l’on ait besoin de s’interroger sur les « corrections » opérées par Paterne Berrichon, le « beau-frère posthume » de Rimbaud.
Voici ces 26 éditions dans l’ordre chronologique des publications :


    
1) Revue  d’Ardenne et d’Argonne de septembre-octobre 1897 :  
a) Éditions d’articles de Jean Bourguignon et Charles Houin  prépubliés sous le titre : Poètes ardennais : Arthur Rimbaud, dans la Revue d'Ardenne et d'Argonne : (Chap. 3) Vie d'aventures : sept.-oct.1897, pp.173-185 : Lettre de Gênes : pp. 181-183
b) La Vie d'Arthur Rimbaud de Jean Bourguignon et Charles Houin. Edition établie, préfacée et annotée par Michel Drouin. - Paris : Payot, 1991. - 230 p. ; 24 * 16 cm. 0(Biographie Payot) Lettre de Gênes : pp. 110-113 (sans en-tête ni formule finale) Rééditions : Petite Bibliothèque Payot : 1993, 230 p ; et 2004, 243 p.
2) Paterne Berrichon : La Vie de Jean-Arthur Rimbaud  Société du Mercure de France, novembre 1897. Lettre de Gênes : pp. 125-130
3) Lettres de Jean-Arthur Rimbaud Egypte Arabie Ethiopie
avec une introduction et des notes de Paterne Berrichon 
276 p., 1899.
Édition originale des lettres africaines de Rimbaud (113 pièces), présentée par Paterne Berrichon. La Lettre de Gênes est la n° 2 - Paris : Société du Mercure de France, 1899.
4) Arthur Rimbaud : Œuvres complètes (Bibliothèque de la Pléiade), Gallimard
André Rolland de Renéville et Jules Mouquet, 1946 et rééditions (« première Pléiade »)  (Lettre de Gênes : pp. 313-316, Lettre XXXIII)
5) Arthur Rimbaud : Œuvres complètes (Bibliothèque de la Pléiade), Gallimard. Antoine Adam, 1972 et rééditions (« deuxième Pléiade »). (Lettre de Gênes : pp. 303-306)  (Attribue à tort la 1ère édition à Berrichon, 1899, au lieu de Houin et Bourguignon en 1897)
6) Alain Borer : Un sieur Rimbaud se disant négociant
- Lachenal et Ritter, 1985 (Lettre de Gênes : pp. 25-27)
7) Jean-Luc Steinmetz : Arthur Rimbaud, Œuvres III, Illuminations suivi de Correspondance (1873-1891) : pp. 125-128, G. F. Flammarion, 1989. (Lettre de Gênes : pp. 125-128).
8) Gilles Marcotte : La Prose de Rimbaud
- Québec : Ed. Boréal, 1989. - 195 p. ; 22 * 14 cm.
Lettre de Gênes publiée par fragments commentés, pp. 15, 17-18, 19, 21, 23-24, 28  
 9) Arthur Rimbaud, Dominique Noguez :

Une Saison en Enfer et  Illuminations, suivies d'un choix de lettres

 Édition établie et présentée par Dominique Noguez.
- [Paris] : La Différence, 1991. (3e trim.) (Orphée ; 100)
(Lettre de Gênes : pp. 170-173)
10) Alain Borer : Rimbaud, l'heure de la fuite         
- Gallimard, 1991. (Découvertes/Littérature ; 102) ; (nouvelle édition revue en 2001) 
(Lettre de Gênes : pp. 139-141, titre : La traversée du Saint-Gothard)
11) Claude Jeancolas : Les Voyages de Rimbaud
- Paris : Balland, 1991. - 317 p. (Lettre de Gênes : p.180, 181, 192, 196).
12) Arthur Rimbaud, Alain Borer (Edition établie par) : Arthur Rimbaud : Œuvre-Vie Edition du Centenaire établie par A. Borer avec la collaboration d'Andrée Montègre.- Paris: Arléa, 1991  (novembre). -1338 p. (Lettre de Gênes : pp. 465-467)
13) Arthur Rimbaud, Louis Forestier :

Arthur Rimbaud : Œuvres complètes, Correspondance

Édition présentée et établie par Louis Forestier, - Paris : Robert Laffont, 1992. Lettre de Gênes : pp. 260-262, note (inexacte) : p. 544 => Berrichon (au lieu de Revue d’Ardenne et d’Argonne, sept.-oct. 1897)
14) Arthur Rimbaud, Claude Jeancolas
Rimbaud : Les Lettres manuscrites de Rimbaud d'Europe, d'Afrique et d'Arabie : (4 cahiers sous emboîtage). Cahier 4 : Commentaires, transcriptions et cheminements des manuscrits Pages 369 à 544 ; Lettre de Gênes : pp. 407-409. Page 409 : 1ère publication : Revue d’Ardenne et d’Argonne, sept.-oct. 1897. Les éditions Textuel, 1996. Réédition augmentée en 2004. 
15) Arthur Rimbaud, Pierre Brunel :  
Rimbaud  Œuvres complètes : Poésie, prose et correspondance
- Paris : Librairie Générale de France, 1999. Lettre de Gênes : pp. 544-546 ; notice (erronée) p. 943 (Delahaye au lieu de Houin et Bourguignon)
(La Pochothèque, Le Livre de Poche). 
16) Alain Borer : Le Lieu et la formule : Choix et préface de Alain Borer
- Paris : Mercure de France, 1999. (« Le petit mercure »). 
Lettre de Gênes : pp. 79-82
17) Claude Jeancolas : Vitalie Rimbaud. Pour l’amour d’un fils
-  Paris : Flammarion, 2004. - 323 p. Lettre de Gênes : pp. 180-183
18) Giovanni Dotoli : Rimbaud, L’Italie, les Italiens. Le géographe visionnaire
 - Fasano (Italia) : Schena Editore, 2004  - Paris : Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2004. - 249 p. + 72 n. p. (Biblioteca della ricerca ; Cultura straniera) Lettre de Gênes : pp. 48-51  (d’après : Pierre Brunel : Rimbaud Œuvres complètes : Poésie, prose et correspondance 1999. (références bibliographiques négligées).  
19) Marcelin Pleynet : Rimbaud en son temps : situation - Paris : L’Infini/NRF/Gallimard, 2005. - 373 p. (Collection “L’Infini”). Lettre de Gênes : pp. 366-370 ; Page 368 : Le Pont du Diable par William Turner.
20) Arthur Rimbaud, Jean-Jacques Lefrère : Correspondance [1868-1891]
Présentation et notes de Jean-Jacques Lefrère
-  Paris : Librairie Arthème Fayard, 2007.
- 1032 p. + 7 cahiers hors-texte de 32 fac-similés non paginés, Lettre de Gênes : pp. 245-247 (nombreuses notes en bas de page).    
21) Arthur Rimbaud, Olivier Rocheteau
Poèmes et correspondance choisie (1870-1891)
- Paris : Gallimard, 2007. 242 p. - (La Bibliothèque Gallimard ; Texte & dossier) Lettre de Gênes : pp. 120-123
22) Guiseppe Marcenaro, Piero Boragina (sous la direction de) (6 collaborateurs)
J’arrive ce matin…
L’Universo poetico di Arthur Rimbaud
- Milano : Electa, 2008. - 290 p., 28*25 cm.
Catalogue de l’Exposition de Genève : 12 mars-8 mai 1998.
(Lettre traduite en italien, pages 167-169 ; Une traduction en italien existait déjà dans Opere complete d’Arthur Rimbaud. Edition d’Antoine Adam et Mario Richter : Einaudi-Gallimard, 1992.)
23) Raymond Perrin
Rimbaud Un pierrot dans l’embêtement blanc
Lecture de  La Lettre de Gênes de 1878
- Paris : L’Harmattan, 2009. - 143 p., 22*14 cm.
Nouvelle édition revue en octobre 2010. Nouvelle édition revue et corrigée  en 2013.  (Lettre, pages 8-10, revue en 2013 en tenant compte du fac-similé complet) 
24) Arthur Rimbaud, André Guyaux, Aurélia Cervoni : Œuvres complètes (Bibliothèque de la Pléiade), Gallimard. 2009 (« troisième Pléiade »), 1102 pages. (Lettre de Gênes : pp. 467-470, Notes : pp. 1015-1016)
25) Jacques Bienvenu : ouvrage collectif : Rimbaud « littéralement et dans tous les sens ». Hommage à Gérard Martin et Alain Tourneux.
Classiques Garnier, 2012. Lettre conforme au manuscrit, pp. 56-58.
Reproduction capitale du fac-similé de la totalité du manuscrit (pp. 59-62)
26) Arthur Rimbaud, Jean-Luc Steinmetz
Rimbaud Je ne suis pas venu ici pour être heureux
Correspondance choisie et présentée par Jean-Luc Steinmetz
- Paris : GF Flammarion, 2015. - 430 p., 18*11 cm.
Choix de lettres, présentation, notes, annexes, chronologie et bibliographie par Jean-Luc Steinmetz. (Lettre conforme au manuscrit, pages 133-136).  




lundi 22 juillet 2013

Rimbaud : La Lettre de Gênes de 1878 Texte intégral d'après les photos des manuscrits

Texte intégral de La Lettre de Gênes

(selon l’essai :
Rimbaud Un pierrot dans l’embêtement blanc
Lecture de  la Lettre de Gênes de 1978
- Paris : L’Harmattan, juin 2013)

P. S : L’édition numérisée du livre date de 2009.
Elle est donc largement obsolète. 
Tous les extraits visibles sur Internet sont dépassés. 
Il est donc vivement conseillé aux nouveaux lecteurs de rechercher
l'édition 2013 (ou un tirage postérieur s'il existe).
Le moyen le plus simple pour savoir si l'on dispose d'une bonne édition 
est de vérifier, page 11, s'il y a bien au total, 22 notes. 
 





Lettre de Gênes de Rimbaud Texte intégral revu d'après le manuscrit

Texte intégral de La Lettre de Gênes

(selon Rimbaud Un pierrot dans l’embêtement blanc
Lecture de  la Lettre de Gênes de 1978. 
- Paris : L’Harmattan, juin 2013, pages 8 à 11.)


Gênes, le Samedi 1 Dimanche 17 Novembre 78
                                       
                             Chers amis

J'arrive ce matin à Gênes, et reçois
vos lettres. Un passage pour l'Egypte
se paie en or de sorte qu'il je  2 n’y a aucun
bénéfice. Je pars lundi 19 à neuf heures du soir.
On arrive à la fin du mois.
  Quant à la façon dont je suis arrivé ici,
elle a été accidentée et rafraîchie de temps
en temps par la saison. Sur la ligne
droite des Ardennes en Suisse, voulant
rejoindre, de Remiremont, la corresp. 3
Allemande à Wesserling, il m'a fallu passer
les Vosges, d'abord en diligence, puis à pied ;
aucune diligence ne pouvant plus circuler,
dans près de 4 cinquante centimètres de neige
en moyenne et par une tourmente signalée.                                  
Mais l'exploit prévu était le passage du
Gothard, qu'on ne monte plus en voiture à
cette saison, et que je ne pouvais passer en
voiture.
       A Altdorf, à la pointe méridionale du
lac des Quatre Cantons qu'on a côtoyé en vapeur
commence la route du Gothard. A Amsteg,
à une quinzaine de kilomètres d'Altdorf, la
route commence à grimper et à tourner selon
le caractère Alpestre5. Plus de vallée, on
ne fait plus que dominer des précipices,
par dessus les bornes décamétriques de la route.
Avant d'arriver à Andermatt, on passe
un endroit d'une horreur remarquable,
dit le pont du Diable, -moins beau pourtant
- que la Via mala 6 du Splügen, que vous
avez en gravure. A Göschenen, un village
devenant bourg par l'affluence des ouvriers,
(texte conforme à la photocopie du manuscrit.
C’était la seule partie vérifiable en 2009)

(…) on voit au fond de la gorge l'ouverture du fameux tunnel, les ateliers et les cantines de l'entreprise. D'ailleurs tout ce pays d'aspect si féroce est fort travaillé et travaillant. Si l'on ne voit pas de batteuses à vapeur dans la gorge, on entend un peu partout la scie et la pioche sur la hauteur invisible. Il va sans dire que l'industrie du pays se montre surtout en morceaux de bois. II y a beaucoup de fouilles minières. Les aubergistes vous offrent des spécimens minéraux plus ou moins curieux, que le diable, dit‑on, vient acheter au sommet des collines et va revendre en ville.
Puis commence la vraie montée, à Hospital7, je crois : d[’]abord8 presque une escalade, par les traverses, puis des plateaux ou simplement la route des9 voitures . Car il faut bien se figurer que l'on ne peut suivre tout le temps celle‑ci, qui ne monte qu'en zigzags8  ou terrasses fort douces, ce qui mettrait un temps infini, quand il n'y a à pic que 4 900 10  d'élévation pour chaque face, et même moins de 4 900, vu l'élévation du voisinage. On ne monte non plus à pic, on suit des montées habituelles, sinon frayées. Les gens non habitués au spectacle des montagnes apprennent aussi qu'une montagne peut avoir des pics, mais qu'un pic n'est pas la montagne. Le sommet du Gothard a donc plusieurs kilomètres de superficie.
La route, qui n'a guère que six mètres de largeur, est comblée tout du long8 à droite par une chute de neige de près de deux mètres de hauteur, qui [fin de la page 2 sur le manuscrit] à chaque instant, allonge sur la route une barre d'un mètre de haut qu'il faut fendre sous une atroce tourmente de grésil.
Voici ! plus un[e] ombre11 dessus, dessous ni autour, quoique nous soyons entourés d'objets énormes ; plus de route, de précipices, de gorge ni de ciel : rien que du blanc à songer, à toucher, à voir, ou ne pas voir, car impossible de lever les yeux de l'embêtement blanc qu'on croit être le milieu du sentier. Impossible de lever le nez12 à une bise aussi carabinante, les cils et la moustache en stala[c]tites, 13 l'oreille déchirée, le cou gonflé. Sans l'ombre qu'on est soi‑même, et sans les poteaux du télégraphe, qui suivent la route supposée, on serait aussi embarrassé qu'un pierrot dans un four.
Voici à fendre13 plus d'un mètre de haut, sur un kilomètre de long. On ne voit plus ses genoux de longtemps. C'est échauffant. Haletants, car en une demi‑heure la tourmente peut nous ensevelir sans trop d'efforts, on s'encourage par des cris, (on ne monte jamais tout seul, mais par bandes). Enfin voici une cantonnière : on y paie le bol d'eau salée 1,50. En route.
Mais le vent s'enrage, la route se comble visiblement. Voici un convoi de traîneaux, un cheval tombé moitié enseveli. Mais la route se perd. De quel côté des poteaux est‑ce ? (II n'y a de poteaux que d'un côté.) On dévie, on plonge jusqu'aux côtes, jusque sous les bras... Une ombre pâle derrière une tranchée : c'est l'hospice du Gothard, établissement civil et hospitalier, vilaine bâtisse de sapin et pierres14 ; un clocheton. A la [fin de la page 3 sur le manuscrit] sonnette un jeune homme louche vous reçoit ; on monte dans une salle basse et malpropre où on vous régale15 de droit de pain et fromage, soupe et goutte.
On voit les beaux gros chiens jaunes16 à l'histoire connue. Bientôt arrivent à moitié morts les retardataires de la montagne [ ;] 17 le soir on est une trentaine, qu'on distribue après la soupe sur des paillasses dures et sous des couvertes18 insuffisantes. La nuit, on entend les hôtes exhaler en cantiques sacrés leur plaisir de voler19 un jour de plus les gouvernements qui subventionnent leur cahute20.
Au matin, après le pain‑fromage‑goutte, raffermis par cette hospitalité gratuite qu'on peut prolonger aussi longtemps que la tempête le permet, on sort : ce matin, au soleil, la montagne est merveilleuse : plus de vent, toute descente, par les traverses, avec des sauts, des dégringolades kilométriques, qui vous font arriver à Airolo, l'autre côté du tunnel, où la route reprend le caractère alpestre, circulaire et engorgé, mais descendant. C'est le Tessin.
La route est en neige jusqu'à plus de trente kilomètres du Gothard. À 30 k. 21 seulement, à Giornico, la vallée s'élargit un peu. Quelques berceaux de vignes et quelques bouts de prés, qu'on fume soigneusement avec des feuilles et autres détritus de sapin qui ont dû servir de litière. Sur la route22 défilent chèvres, boeufs et vaches gris, cochons noirs. À Bellinzona, il y a un fort marché de ces bestiaux. À Lugano, à vingt lieues du Gothard, on prend le train et on va de l'agréable lac de Lugano à l'agréable lac de Como. Ensuite, trajet connu.
Je suis tout à vous, je vous remercie et dans une vingtaine de jours vous aurez une lettre.

Votre ami.

Notes :

 1     « Samedi » est rayé sur le manuscrit. Berrichon n’écrit pas « Dimanche »
 2     « Je » est rayé sur le manuscrit
3         « La corresp. » : abréviation courante chez Rimbaud qui, de toute façon, déteste couper les mots en fin de ligne.
4         près de (cinquante) : « près de », rayé sur le manuscrit.
5         « caractère Alpestre » : (…) une majuscule inutile pour « Alpestre ».
6         Rimbaud est parfois fâché avec les majuscules : Il écrit « pont du Diable » (au lieu de Pont du Diable, ou Pont-du-Diable) et via Mala (au lieu de Via Mala, ou Vià Mala) 
7         Rimbaud a bien écrit « Hospital », ancien nom du village actuel « Hospenthal »
8         Houin et Bourguignon (mais pas Berrichon), en 1897, conformément au manuscrit de la page 2, ont bien écrit « zigzags ». La publication par Jacques Bienvenu sur son blog : « Rimbaudivre », fin août 2011, du fac-similé des pages 1 et 2, fourni par Alain Tourneux, indique en outre que Rimbaud a écrit « dabord », sans apostrophe (l. 22) et « tout du long » (l. 36 du manuscrit).  
9       En fait, les mots « sans » et « des » se chevauchent.
10      Rimbaud écrit « 4 900 d'élévation », sans préciser « 4900 mètres ».
11      Rimbaud a oublié de mettre « ombre » au féminin, il écrit « un ombre » !
12      Pierre Brunel note « Le nez » en surcharge sur « la tête » (nom rayé ?)
13   Rimbaud a écrit « stala[c]tites » ; « à fendre » occupe l’interligne supérieur.
14      Rimbaud a écrit « de sapin et pierres ». (Berrichon écrit en 1897 dans La   
        Vie de Jean-Arthur Rimbaud et en 1899 dans l’édition des Lettres (…)
        Egypte,  Arabie, Ethiopie : « de sapin et de pierres »)
15        Rimbaud a écrit « où on vous régale ». P. Berrichon écrit en 1897 et en 1899 : « où  l’on vous régale ».
16       les beaux gros chiens jaunes » sont évidemment les chiens saint-bernard. En 1877, « Le chien de montagne » vient d’être montré en gravure, page 7,  dans Le Tour de la France par deux enfants de G. Bruno, publié en 1877. L’auteur vante « les plus beaux », « ceux du mont Saint-Bernard », « des Pyrénées » et « de l’Auvergne » ! 
17      Il convient d’ajouter un point virgule absent, entre « montagne » et « le soir »
18      La leçon du manuscrit est « couvertes » et non « couvertures »
19      La 1ère édition, effectuée par Houin et Bourguignon, note  un point d’interrogation parasite après le mot « voler ». Cet indice, ajouté à la suppression de la répétition du mot « voiture », semble démontrer une intervention d’Isabelle Rimbaud qui n’a pas confié l’original de la Lettre aux premiers éditeurs Houin et Bourguignon.
20     Des commentateurs nombreux et imprudents évoquent des moines. Rimbaud écrit qu’il s’agit bien d’« un établissement civil » (géré par une famille d’Airolo) !
21     Rimbaud a écrit « trente k ». Berrichon corrige à chaque fois : « à trente kilomètres ».
                                22   A la fin du mot « route », un « s » malencontreux a été biffé. 
Grâce à la persévérance de Jacques Bienvenu, les photographies d’une copie, tardivement retrouvées par Alain Tourneux, ont été publiées en août 2012, au cœur de l’ouvrage collectif Rimbaud « littéralement et dans tous les sens » des Classiques Garnier (pp. 59-62), après l’article L’édition de la lettre de Gênes.

                        P. S : L’édition numérisée du livre qui date de 2009 est largement
obsolète. Tous les extraits visibles sur Internet sont donc dépassés.  

dimanche 21 juillet 2013

Redécouverte des quatre pages manuscrites de la Lettre de Gênes de Rimbaud

Un événement considérable : la redécouverte du manuscrit de la Lettre de Gênes de 1878

Dernière lettre de Rimbaud écrite en Europe, La Lettre de Gênes a souvent donné lieu à des publications fautives, du fait que le manuscrit complet  et même son fac-similé ont disparu après une dernière apparition lors de l’exposition du centenaire de Rimbaud à la Bibliothèque Nationale en 1954. Jusqu’en 2009, on ne connaît et publie que le fac-similé de la première page (même si quelques rimbaldiens privilégiés et qui se sont bien gardés de le dire ont eu accès au document complet de quatre pages). De toute évidence, tous les rimbaldiens ne sont pas égaux à propos de l’accès à certains documents.       

Il a fallu la patience et l’obstination du rimbaldien Jacques Bienvenu pour qu’Alain Tourneux, longtemps conservateur du Musée Rimbaud consente à faire enfin des recherches sérieuses et retrouve « à sa place et sans difficulté les photographies des quatre pages ! », nous dit Jacques Bienvenu .
Toujours grâce à Jacques Bienvenu, ces quatre photographies sont publiées depuis août 2012 dans l’ouvrage Rimbaud « littéralement et dans tous les sens » Hommage à Gérard Martin et Alain Tourneux, Classiques Garnier, 2012.
On pouvait déjà auparavant apprécier la publication par Jacques Bienvenu, sur son blog : « Rimbaudivre », fin août 2011, du fac-similé des pages 1 et 2, fourni par Alain Tourneux.

Comme je l’indique dans la nouvelle édition juin 2013 de mon livre, Rimbaud Un pierrot sans l’embêtement blanc Lecture de la Lettre de Gênes de 1978  (édition revue et corrigée à la suite de ces publications » : « Ces quatre reproductions photographiques occupent les pages 59 à 62 et suivent l’article que Jacques Bienvenu consacre à L’Edition de la Lettre de Gênes, pp. 51-55. Puisqu’il a tiré toutes les leçons du manuscrit ainsi reproduit, l’auteur offre la meilleure lecture possible de La Lettre (reproduite dans son intégralité, pp.56-58, avec quelques notes sobres en bas de page). »

J’étais surtout intéressé par le passage poétique qui occupe les lignes  4 à 18 de la page 3 et dont j’ai fait une publication à la typographie délibérément « sacrilège », pour « mettre en évidence anaphores, ellipses verbales, et rythme poétique. »

Voici, reproduite en couleur (elle est en noir et blanc dans le livre), la page 73 de mon livre,

                  

Extrait de la page 3 du fac-similé, lignes 4 à 18. 












mercredi 4 avril 2012

Rimbaud Un pierrot dans l'embêtement blanc Nouveau tirage et interview



Rimbaud un "pierrot" dans "l'embêtement blanc" Nouveau tirage et interview

Il serait temps que je signale le nouveau tirage, revu et corrigé, de Rimbaud un pierrot dans l’embêtement blanc.

Comme l’excellent site de Bernard Strainchamps : « bibliosurf.com » n’existe plus, je me permets de reproduire ici l’interview qu’il m’avait accordée en 2009, après la publication de mon essai sur Rimbaud

1. Isabelle Rimbaud n’a-t-elle pas été « ce qui se fait de mieux » du côté des ayants droit ?
Isabelle Rimbaud a effectivement été très habile dans sa mainmise sur la personne de Rimbaud affaibli par la maladie (même si elle s’est montrée une sœur aimante et une infirmière attentive lors du retour d’Afrique). Elle a fait main basse sur l’œuvre comme sur l’héritage de son frère. Dès la mort du poète en 1891, alors qu’elle ne connaît pas encore un seul vers de lui, elle va tenter de contrôler tout ce qu’on peut publier de lui ou écrire sur sa personne. Elle empêche les premiers biographes Houin et Bourguignon de publier en volume leurs travaux. Elle considère qu’il vaut mieux détruire que publier tout texte rimbaldien qui porterait atteinte à sa réputation ou à celle de sa famille. Elle contribue fortement à la construction d’un Rimbaud catholique, aussitôt exploité par les Claudel, Rivière, Daniel-Rops, Stanislas Fumet et consorts qui n’attendaient que cela pour l’annexer à leur camp. Elle et Paterne Berrichon, « le beau-frère posthume », vont tripatouiller allègrement la correspondance de Rimbaud et c’est une chance que La Lettre de Gênes soit à peu près intacte. Pratiquant la captation de sa pensée avant celle de son héritage, Isabelle pousse le culot jusqu’à écrire « Sans les avoir lues, je connaissais ses œuvres, je les avais pensées ». Elle pousse l’audace et le ridicule jusqu’à écrire : « J’étais avec lui (…) dans la neige du Saint-Gothard ». (Rimbaud, athée au moment de La Lettre, écrit toujours « Gothard »). Se considérant comme « seule dépositaire de ses pensées et de ses sentiments », elle affirme : « En fait de biographie, écrit-elle, je n’admets qu’un thème, c’est le mien ». Il faut rappeler que, face à elle, Verlaine a eu le mérite de publier avec patience l’œuvre de son ami, en empêchant le plus possible, mutilations ou censure.

2. Finalement, si Isabelle Rimbaud a arrangé la vérité, n’a-t-elle pas commis sans le savoir le bonheur de gens comme vous qui aiment chercher dans les livres.
Deux questions sur Isabelle Rimbaud, n’est-ce pas lui faire trop d’honneur ?
Je réponds, en tout cas, qu’elle n’a pas vraiment pas fait le bonheur des chercheurs. Elle a gravement faussé, et pour longtemps, l’image de Rimbaud du point de vie idéologique. Il en est résulté non seulement l’image claudélienne du « mystique à l’état sauvage » mais l’amorçage de celle du « voyant » prophétique. Elle a contribué à retarder la perception plus objective de Rimbaud de plusieurs décennies, malgré les travaux de Marcel Coulon, André Suarès, André Dhôtel ou Etiemble... Il est vrai que Rimbaud lui a facilité la tâche en construisant lui-même une part de son propre mythe. Tout au long du XXe siècle, chaque courant, chaque mode a ainsi tenté de se l’approprier, du communisme au surréalisme, des anarchistes aux existentialistes, avant les modes hippie, punk… ou les lectures structuralistes ou sémiotiques. J’ajoute que le roman de Philippe Besson, Les Jours fragiles, reconstituant le journal apocryphe d’Isabelle, ne rend pas service aux rimbaldiens sérieux. Cette « rimbaldo-fiction » abuse des droits fictionnels et revivifie le mythe.

3. Vous avez effectué un travail de rétablissement d’une vérité. Comment avez-vous procédé ?
Je n’ai pas la prétention d’avoir rétabli une vérité même si je me permets d’égratigner des auteurs qui ont négligé la lettre ou ont commis des petites erreurs ou des lapsus. Nous en commettons tous et l’infaillibilité rimbaldienne n’existe pas.
J’estime que c‘est un énorme privilège de publier un livre sur Rimbaud, si petit soit-il. J’exprime simplement « une » vérité reliée à toutes les autres puisque déduite de la confrontation avec le plus grand nombre de mes prédécesseurs, souvent illustres et éminents ou parfois obscurs.
Il existe, grosso modo, deux façons d’aborder Rimbaud. La première, selon moi désinvolte, consiste à improviser en faisant croire que l’on ignore tout ce qui a été écrit sur lui. La seconde, celle que j’adopte, consiste à prendre en compte l’immense « rimbaldothèque » constituée d’année en année depuis plus d’un siècle. J’ai la chance d’avoir à ma disposition, chez moi, l’essentiel de ce corpus constitué depuis 50 ans. Cela permet de se confronter aux divers points de vue et l’Index des noms de personnes, en fin de volume, rend compte de la variété et de la richesse de cette « Rimbaldie ».

4. En quelques mots, en quoi cette lettre de Gênes de 1878 est-elle importante dans l’œuvre de Rimbaud ?
L’importance de cette lettre n’est pas partagée par tous puisque, en plus d’un siècle, seulement 22 ouvrages français en ont publié le texte intégral.
Cette longue lettre est la dernière écrite depuis l’Europe, avant les lettres de Chypre, d’Arabie ou d’Afrique. C’est un jalon capital entre le « défroqué de la poésie » et l’aventurier.
Elle montre une attention inédite envers le monde réel et sa « réalité rugueuse ».elle cache surtout un dernier épanchement poétique, surgi comme à l’insu de son auteur et qui exprime l’angoisse de l’enlisement et la crainte de devenir, avant l’heure, un « tronçon immobile ». D’où l’importance des « indices corporels », tus ou exprimés, un aspect insuffisamment pris en compte jusqu’ici par la critique (sauf quand elle était thématique).
Mais cette lettre est l’objet d’un enjeu de taille. Elle gêne ceux qui veulent croire que Rimbaud est bien un « amputé vivant » de la poésie. Or, précisons bien qu’il s’agit ici d’un unique chant du cygne. La lettre ravit ceux qui l’instrumentalisent au profit du concept d’« œuvre-vie », un concept à mon avis abusivement surexploité.

5. A qui s’adresse ce livre ?
Il s’adresse en priorité à tous ceux qui apprécient Rimbaud et la poésie en général. En dépit de ses nombreuses et nécessaires références, le livre est lisible par tous. Le jargon des spécialistes en est absent. Parce qu’il serait absurde de connaître l’indicateur des chemins de fer et de ne jamais avoir pris le train, le ton du livre dénote une certaine empathie pour Rimbaud. Bien sûr, les lycéens qui doivent étudier le thème de la correspondance peuvent trouver dans ce petit ouvrage des éléments de réflexion.
Si la lecture de ce petit ouvrage peut pousser le lecteur à aller plus loin en lisant, par exemple, Yves Bonnefoy, Pierre Brunel, André Guyaux, Claude Jeancolas, Jean-Jacques Lefrère, Steve Murphy, Yves Reboul ou Jean-Luc Steinmetz, alors je serais ravi.
Pour finir, j’ajoute, peut-être parce que Rimbaud est au programme de l’agrégation de lettres, que l’année 2009-2010 sera une « grande année Rimbaud ». De nombreux ouvrages sont annoncés et les numéros spéciaux du Magazine littéraire (en septembre) et de la revue Europe (en ce mois d’octobre) n’en sont que les premiers signes.

mercredi 23 février 2011

Rimbaud, Roger Munier et "l'embêtement blanc"


Rimbaud, Roger Munier et « l’embêtement blanc »

Qui se souvient de Roger Munier ? Pas la Lorraine, en tout cas !
Et pourtant cet écrivain, penseur et grand traducteur (en particuulier de Heidegger), fort discrètement décédé le 10 août 2010, à Vesoul, était né à Nancy en 1923.
Entré chez les jésuites en 1944, il quitte la Compagnie de Jésus en 1953 et se consacre à des essais, à la poésie et à des recueils d’aphorismes.
Grand lecteur de René Char, André Frénaud, Paul Celan et Yves Bonnefoy, il est connu de rimbaldiens pour plusieurs publications.
Citons dans l’ordre, en 1976, une enquête de 128 pages, intitulée Aujourd'hui Rimbaud (Archives des lettres modernes ; Archives A.Rimbaud ; 2 - A.L.M. ; 160).
En 1988, paraît "Génie" de Rimbaud, un essai de 48 pages publié par Edition Traversière & Roger Munier (Collection Le Grand Rift ; n° 1, illustré de 10 photos : des variations d'après Carjat).
Roger Munier participe à plusieurs publications rimbaldiennes collectives. Il y eut, en 1991, le numéro spécial de la revue Europe du centenaire de la mort du poète : Arthur Rimbaud, en Juin-juillet 1991 (n° 746-747) avec, d'ailleurs, un faux Rimbaud par Fernand Léger, en couverture (déjà publié par La Grive en 1954).
Il intervient aussi, toujours en 1991, dans Arthur Rimbaud : Bruits neufs. Textes réunis par Roger Little. Revue littéraire bimestrielle « Sud » (Marseille : 4e trimestre 1991).
Son œuvre la plus importante sur le poète, c’est L'Ardente patience d'Arthur Rimbaud, un essai dense de 438 pages, paru chez José Corti, en 1993.

Roger Munier et « l’embêtement blanc »

A la suite d’une coupable distraction, j’ai oublié de mentionner dans mon essai Rimbaud Un pierrot dans l'embêtement blanc, les allusions consacrées à La Lettre de Gênes dans les pages 30-31 de L'Ardente patience d'Arthur Rimbaud.
Voici ce que Roger Munier écrit :

"Au fond, Rimbaud n'aimait pas la nature, ou ne l'aimait que dégagée, délivrée, soustraite à la pesante chape de l'effectif, comme dans Aube, où elle se profile à peine au sortir de la nuit. La nature l'ennuyait. Lors de la traversée du Saint-Gothard, à son premier grand départ pour l'Afrique, il n'aura, pour qualifier les étendues de neige du col que l'expression, au premier abord surprenante, d’"embêtement blanc". Elle vient spontanément sous sa plume, dans la description qu'il fait aux siens du désert blanc, avant d'arriver à l'hospice.
"rien que du blanc à songer, à toucher, à voir ou ne pas voir...". L'approche est plus essentielle qu'il ne semble et dépasse la seule perception, si le blanc est bien "à songer", c'est-à-dire à profondément éprouver, à ressentir dans son obsession ambiante et malgré la fatigue et la marche... Elle opère en fait le passage à l'ennui, à ce qui sera l'ennui, mais pour ainsi dire objectivement, dans la chose même. L'effectif aussitôt se fige et, figeant, tient en arrêt.
Dans Les Déserts de l’amour, Rimbaud écrit semblablement : "C'était comme une nuit d'hiver, avec une neige pour étouffer le monde décidément.". Au Saint Gothard, où tout n'est que neige uniforme, le mondé lui même est en arrêt, figé dans le blanc. C'est ce que le marcheur épuisé semble d'abord ressentir. II n'est pas sensible, en tout cas, à la poésie du paysage enneigé. Il pourrait l'être après coup, dans cette lettre écrite de Gênes et, pour le reste, d'un assez beau mouvement. Il n'en est rien. Revenant sur l'événement, il évoque ce paysage avec distance, pour ainsi dire tel qu'en lui même, au plus ras de lui même, sans interférence subjective. II l'aborde dans cette antériorité la plus antérieure qui soit : celle de son effectif immobile et blanc. Et qu'il désigne, selon cette antériorité, par ces mots surprenants, au rapprochement inusuel, d' "embêtement blanc". Objectivation de l'ennui ou sa forme même, son lever dans les choses ? Les deux ensemble sans doute, leur premier et commun élément. La cause de l'ennui ou l'ennui à sa racine c'est tout un. Car tel fut pour lui cet état : à peine un état et moins encore un sentiment ; un mode, pourrait on dire, et de base, primordial, de son rapport aux choses, dans l'ici. La neige et son étendue uniforme, "étouffant" le monde, noyant les formes, ne produit pas l'ennui ; elle est ennui déjà, ennui à son départ, "embêtement blanc"."

Veullez excuser la longueur de la citation mais, par respect pour l'auteur, nous n'avons pas osé la couper.
Il est important de noter que pour Roger Munier, et c’est le seul commentaire que nous nous autoriserons, cette lettre est, écrit-il, « d’un assez beau mouvement » !

dimanche 30 janvier 2011

Rimbaud Un pierrot dans l'embêtement blanc, vu par Claude Vautrin




Rimbaud Un pierrot dans l'embêtement blanc par Claude Vautrin
Rimbaud d'après une photographie de Carjat. Composition de Raymond Perrin

RIMBAUD UN PIERROT DANS L'EMBETEMENT BLANC

Merci à Claude Vautrin qui a publié cette présentation de mon
essai dans Massif des Vosges Magazine n° 34, fin février 2010.

(Cliquer sur l'image pour lire plus aisément le texte)
(Message ancien transféré du blog Eclectisme vers le blog Rimbaldissimo le 30 janvier)